Championnats de France apnée FFESSM 2017 – Montluçon

Nous y voilà, les championnats de France d’apnée 2017. C’est ma troisième participation et cette année une seul mot d’ordre : je suis prêt.

J’ai travaillé dur toute cette saison avec mon coach Marc. Celle-ci a été divisé en deux, avec une première partie orientée sur le sprint qui s’est terminée mi-mars à la compétition de Versailles et une deuxième partie plus orientée sur ces championnats de France avec un entraînement hypoxique.

Je suis qualifié pour les deux disciplines dynamiques : le DNF, ce qui correspond à nager la plus grande distance en brasse et le DYN à la plus grande distance nagée à l’aide d’une monopalme.

Cette année la compétition est à Montluçon, nouveau terrain de jeu pour moi, les inscriptions se font le vendredi pour des performances déroulées le samedi et le dimanche.

Il y a quatre disciplines aux Frances d’apnée : les deux dynamiques exposées précédemment ainsi que du statique (tenir le plus longtemps sous l’eau sans bouger) et une discipline dite de sprint endurance le 16×50 (parcourir le plus rapidement possible 16 longueurs de 50m en apnée en respirant uniquement entre chaque longueur). D’une certaine manière je suis impliqué dans les quatre épreuves cette année car je suis également coach d’un athlète de Versailles en statique et d’une athlète de Versailles en 16×50.

Coté logistique c’est rodé maintenant, mes parents me suivent sur mon parcours compétition et c’est toute une équipe composée d’amis, de famille, d’athlètes qui se retrouve dans un superbe gîte qui sera notre repaire du week-end.

Samedi matin : STATIQUE

Ce matin je suis coach de Thierry, un athlète qui fait sa première participation aux championnats de France et c’est moi qui le coache dans l’eau pendant sa performance.

Thierry est bien préparé, se connaît plutôt bien. L’échauffement se déroule sans encombre, je suis à cheval sur le timing de préparation afin que le compétiteur soit prêt et échauffé au moment ou il est appelé en zone de compétition pour faire sa performance. Tout a bien été convenu avant l’épreuve, je sais ce que j’ai à faire, Thierry aussi.

C’est le TOP départ et Thierry s’immerge. Mon coaching consiste essentiellement à lui parler pendant sa performance afin de l’aider à se relâcher. Cela passe par un discours positif, rassurant, de le guider sur de l’autosuggestion. Malgré cela Thierry ne réussit pas sa performance et c’est l’apnéiste de sécurité qui doit prendre les choses en main. C’est difficile en tant que coach d’assister à cela, on ne peut s’empêcher de prendre la chose personnellement au départ et on se sent impuissant. Un bon débriefe positif et constructif avec lui à posteriori me permettra de respecter le 2ème accord toltèque (Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle). C’est important pour moi, car je dois rester mobilisé pour la suite.

Samedi après midi : DYNAMIQUE AVEC PALMES

A moi, après m’être concentré sur l’autre, je dois me concentrer sur moi-même. Le stress est présent et encore une fois, c’est la construction de ma bulle (ceci fera l’objet d’un autre article) qui va me permettre de passer en mode athlète. Cela passe par du massage, quelques apnées, de la visualisation, de la relaxation et cela toujours en équipe 😉 Merci les amis. Mon protocole de préparation est un peu chamboulé à la dernière minute, mais le travail de lâcher-prise des derniers mois paye et je reste concentré. Il est temps de se présenter au plot de départ et de rentrer dans le : FAIRE comme le dit si bien mon coach.

C’est parti, me voilà sous l’eau, je m’installe dans mon ondulation, le premier 50m c’est toujours du pur plaisir, de la glisse, pas d’envie de respirer, le rêve. 75m, mes jambes se chargent d’acide lactique, me font mal et ça me perturbe. D’habitude, c’est une sensation qui n’arrive que vers 100 m, mais ces derniers temps à l’entraînement cette sensation apparaît plus vite. Je ne suis pas forcément bien et le doute s’installe à l’approche des 100m.

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Je dois me remobiliser pour faire une performance en adéquation avec les efforts fournis ces derniers mois. Finalement, c’est un engagement fait auprès de mon frère en début de saison qui va me remotiver. Nous avions évoqué 175m lors d’une discussion et je me dis que j’ai largement la caisse pour y aller. De 100m à 150m, je suis donc mobilisé sur cet objectif de distance qui m’aide à oublier l’envie de respirer qui est maintenant forte mais acceptée. Je vire aux 150m, je sais que je sais faire, je l’ai fait plusieurs fois. Place à l’autosuggestion et je m’interroge sur ce que je suis en train de faire, des questions simples auxquelles je trouve les réponses rapidement. Cela fait un moment déjà que j’ai mal aux jambes et je sens bien que mon ondulation s’est dégradée, je me suis trop laissé happé par cette gène. Apparaît enfin le trait des 175m, je sors, cela suffit. La raison n’est ni l’hypoxie qui est trop forte ni quoi que ce soit d’autre, c’est juste que j’ai atteins l’objectif fixé lors de ma phase de doute. Le protocole de sortie est solide et validé, pas ambiguïté. C’est beau et propre, je suis content.

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Nous sommes aux championnats de France, l’événement en lui même génère son paquet de stress, dépasser mon max en monopalme de 7m (174,1m retenu) sur ce type de compétition et le tout avec une sortie solide est très encourageant ! En tout cas, le fait de savoir que mon frère était en train de se faire 4h de route pour venir me voir le lendemain en brasse a fortement joué dans cette perf. C’est fou comment les autres peuvent nous porter haut quand l’énergie est bonne.

Samedi soirée : 16×50

Changement de casquette, je repasse en mode coach. C’est au tour de Albane de rentrer en piste. Albane c’est ma partenaire d’entraînement de cette saison. Nous avons passé un paquet d’heures dans l’eau ensemble à nous motiver mutuellement. Tous les deux cherchons à améliorer notre technique d’ondulation, moi pour le 100m sprint et le DYN, elle pour le 16×50. Nos échanges sont riches et une belle symbiose d’athlètes est en place. Albane a bossé dur pour ce 16x50m, et il va falloir être à la hauteur de la tâche. En effet, un podium est possible ce soir. C’est une discipline particulière à deux vitesses car il y a les temps d’apnée et les temps de récupération entre chaque longueur. Il est difficile pour l’athlète d’avoir une vision complète de la course et c’est là tout l’intérêt du coach. On se paye même le luxe de deux coachs car il est autorisé d’en mettre un au bout de chaque ligne. Caroline est de la partie avec moi, le trio est prêt à faire feu.

Après un échauffement dans l’eau, les concurrentes sont prêtes à partir. 3-2-1-Top départ, c’est parti pour 16 longueurs en apnée avec monopalme et où le coaching s’intercale entre chaque longueur pendant la récupération. C’est le temps de booster l’athlète, de le rassurer, de le conseiller de manière concise et précise. Le travail de nage de cette saison paye et Albane vole dans l’onde aquatique de Montluçon. Tel un métronome, les longueurs et les récupérations s’enchaînent sans encombre. Nous sommes bien placés pour un podium et tous les voyants sont au vert. La fin de course approche et une bonne stratégie permet à Albane de terminer en deuxième position en 15 minutes et 3 secondes. Énorme ! C’est magnifique, la récompense est à la mesure des efforts fournis, elle est médaille d’argent du 16×50 français, que demander de plus 😉 Les supporters ont bien fait leur job, les coachs aussi, mais surtout l’athlète à rempli son contrat et ça c’est énorme.

Samedi soirée : repos

Fiouf, que d’effervescence en cette fin de journée. Je dois me calmer et commencer à réfléchir à demain. Je suis satisfait de la performance réalisée aujourd’hui, mais il manque un petit quelque chose. J’explique à mon coach que je n’ai pas l’impression d’avoir mis à contribution dans ma performance de cette après-midi l’entraînement hypoxique de ces 3 derniers mois. J’ai envie de me lâcher un peu plus demain. J’en discute avec Marion qui est également une de mes conseillères et oui demain j’irais jouer en brasse un peu plus loin que d’habitude. L’avantage, c’est que 90% de mon stress est évacué depuis la fin du 16×50 et que je suis bien plus relâché désormais. J’apprécie l’instant présent de me dire que la compétition n’est pas terminée. De plus, beaucoup d’athlètes m’ont rassuré quand à mon mal de jambes pendant la performance. La vasoconstriction des muscles est du au réflexe d’immersion, c’est la raison des douleurs aux cuisses. Plus cette douleur arrive tôt, plus le réflexe est puissant, et plus le corps est en mode « poisson ». OK, cette douleur sera donc maintenant un marqueur positif dans mes apnées.

Dimanche midi : DYNAMIQUE SANS PALMES

Here we are, dernière perf de ces championnats. L’occasion cette fois ci de démontrer le travail de toute une saison. Il fait beau et la matinée commence avec le podium du 16×50 de la veille, de quoi me remplir le cœur de joie en voyant Albane sur la 2ème marche. Également, pour la première fois sur les conseils de Marion, je m’auto galvanise face à un miroir, c’est étonnant et nouveau, mais tellement puissant au niveau énergétique et vibratoire. Hier j’étais connecté aux éléments extérieurs pendant ma performance (l’eau la terre, les astres), mais pas assez sur moi. Aujourd’hui ce sera moi et puis c’est tout.

La préparation se déroule sans encombre et je suis une nouvelle fois face à ma ligne de 50m, immergé jusqu’aux épaules, prêt à partir. Les dernières consignes du coachs sont simples et claires : plaisir et glisse.

Immersion des voies aériennes et poussée au mur. C’est parti pour de la brasse ! Je m’installe dans ma nage, première impression d’être sous lesté, une brasse vers le bas et me revoilà en ligne. Je glisse, met en place l’alternance bras jambes qui me convient, j’avance. L’envie de respirer arrive tôt, 45m, je n’ai même pas encore viré. Le retour (de 50m à 100m) est étrange, je me questionne beaucoup. En fait je réfléchis beaucoup trop à ma technique de nage et au fait de savoir si je vais réussir à passer ce mur que je me suis créé il y a 3 ans.

Et oui, championnats de France d’apnée 2015, je fais ma première apparition sur cette même discipline et je fais ma première syncope à 125m. Depuis, je n’ai pas repassé cette distance en brasse.

Retour sous l’eau, je me convaincs d’aller à 100m, de tourner et de voir. C’est chose faite, je commence à rentrer en autosuggestion après la poussée au mur. Je me questionne sans arrêt et j’oublie enfin la technique, je lâche prise. Je me laisse nager, mon corps sait faire, il est entraîné pour. La ligne des 125m glisse sous moi et je suis encore très présent au niveau mental. Je continue. Le passe la ligne des 135m (marquée pour les nageurs avec palmes) et tout va toujours bien. Je suis installé dans cette envie de respirer et je nage. Mon corps nage et mon esprit veille. Le mur est là et je décide de m’ouvrir le 50m suivant. Je tourne, pousse au mur et sort quelques mètres après. Je m’appuie sur la ligne d’eau, regarde mes juges et leur déroule le protocole de sortie comme il se doit. 153m, c’est ce qui est retenu. Magnifique, 34m de plus que mon précédent max, je récolte aujourd’hui le fruit du travail des 3 derniers mois. Je termine 6ème au classement ce qui est excellent et correspond même à un de mes objectifs de début de saison.

Conclusion

Les trois mots de cette compétition : adaptation, détermination, réussite.

Certains mots reviennent souvent d’une compétition à l’autre et cela devient même des valeurs qui me définisse, cela me fait sourire.

Cette saison fut très riche en enseignements, merci à mon coach Marc de m’avoir accompagné tout au long de cette année sportive, on continue ! Merci à Zoée ma compagne de supporter le sportif du quotidien. Merci à mon frère pour les dizaines d’heures passées au téléphone à décortiquer chaque séance. Merci à mes amis proches de l’apnée Marion, Albane, Stéphane de m’aider à grandir dans cette discipline. Merci à ma famille et amis qui me suivent maintenant sur chaque déplacement, vous êtes une bouffée d’oxygène en plus dans mes apnées. Merci aux clubs qui m’ont permis d’évoluer cette saison, le CASV à Versailles et le groupe compétition, vous êtes top, le PPO de Paris, la palme Plaisiroise à Plaisir. Merci également aux clubs qui m’ont ouvert leurs portes exceptionnellement pour peaufiner la préparation de cet événement, Aquamundo à Saint Cyr l’école, le CIPA à Nice, Freedive Sud Ouest sur Bayonne.

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vous dis à la saison prochaine pour de prochaines aventures en compétition, en attendant restez vigilant, j’ai pleins de projets dans les bacs 😉

6 réponses sur “Championnats de France apnée FFESSM 2017 – Montluçon”

  1. Hi Romain

    La recherche de la performance sportive est normale, logique et formatrice et relève la plupart du temps d’un parcours peu évident, semé d’embuches. Elle est souvent individuelle, plus rarement collective.La maîtrise de ses performances est une des compétences nécéssaire à tout enseignant. Bonne aventure pour la suite.

    claude

  2. Salut,

    Bravo à toi pour ce voyage intérieur qui a du être pour le moins enrichissant (au delà de la performance) !
    J’ai lu ton récit avec une grande attention et un intérêt certain, notamment parce que pour une fois, les détails de sensations sont bien présents. Même si celles-ci sont différentes à chaque immersion et pour chacun d’entre nous, ces détails et descriptions fournissent pas mal de repères personnels pour mieux comprendre et appréhender ce qui peut se passer. Cela m’aide grandement, un grand merci encore pour ce partage !!!

    PS : On s’est vu quand tu es venu faire généreusement partager ton expérience et une séance du club FSO – Landes.

    Bon flot à toi.

    1. Merci beaucoup pour ton message, j’essaye au maximum de transmettre mes ressentis et sensations afin justement de stimuler les autres apnéistes la dessus.
      A bientôt,
      Romain

  3. Tu mérites ces récompenses Romain, elles reflètent le travail fourni tout au long de ta saison sportive.
    Je suis heureux d’avoir partagé cette expérience avec toi. Ce n’est que le début 😉
    Profites maintenant c’est mérité.

    A bientôt
    La coach
    Marc

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