Championnat du monde d’apnée piscine AIDA 2018 Belgrade – 2ème partie

Lundi 25 Juin 2018 je m’élance pour ma première performance aux championnats du monde d’apnée AIDA à Belgrade en Serbie.  Le lendemain je nage à nouveau pour les séries en monopalme. Récit sous marin.

Lundi 25 Juin : 1ère performance en brasse aux mondiaux

Du mode spectateur…

Je vais être franc, j’ai très mal dormi. Je me suis bien endormi, mais la nuit fut agitée. Le petit déjeuner ne passe pas très bien. J’ai essayé d’appliquer un peu de monodiète et de prendre le même petit dej depuis plusieurs jours, mais rien n’y fait, ça ne passe pas très bien. Ce matin je pars à la piscine avec mon coach, Zoée et mes parents. J’arrive à la piscine, descend de la voiture, prend mon sac, marche tranquillement vers l’entrée et j’ai clairement envie de pleurer. L’émotion est forte et je la laisse volontairement me submerger. Marc m’adresse la parole, j’avale ma salive et sort 2 ou 3 mots. A l’entrée de la piscine, le staff note mon numéro, le 24 sur ma main gauche. Chaque détail m’émeut un peu plus. Dernier mot de mon père, je ne peux plus vraiment répondre. Je laisse mes proches dans les gradins, moi je dois descendre dans l’arène avec les autres joueurs. Clairement je subi l’événement. Ces dernières semaines j’ai fais de multiples tests en No Warm Up à l’entraînement et la conclusion est presque que je n’ai besoin de rien pour me préparer à ma performance. L’idée m’est même venue de supprimer l’intégralité de mon protocole de préparation qui dure presque 2h, 2h à préparer ma tête. Finalement je décide de le conserver mais de le modifier, de l’adapter aux changements psychologiques que j’ai enclenché ces derniers mois. J’intègre une préparation pulmonaire vu que je carpe désormais, de la méditation Wonder issu de ma pratique avec Xavier Bary et 25min d’apnée statique que j’ai conservé. Finalement, j’ai bien fais de conserver un protocole.

Ma conclusion plusieurs semaines après serait que plus je vais vieillir dans le milieu de la compétition plus mon protocole va se raccourcir. Vivement que je ressemble à ces champions qui ne font plus rien (plus rien de visible en tout cas). Oui, j’ai bien fait de le conserver, car comme je l’attendais sans l’avouer, c’est ce rituel qui m’a permis de basculer.

…au mode acteur

En sortant de ma méditation à l’extérieur de la piscine, je bascule en mode athlète. Je ne suis plus un spectateur de cet évènement, les seules émotions qui m’animent désormais sont la motivation, la détermination, l’envie, tout le reste n’existe plus. Je mets ma combinaison d’apnée, elle vibre toute entière, le drapeau, mon nom, les personnes qui m’ont aidé à pouvoir vivre cet événement.

Le mode auto-pilote est activé et Marc me guide tranquillement. Il va m’accompagner jusqu’au départ. C’est une flexibilité offerte par les compétitions AIDA, le coach peut rester en zone en compétition jusqu’au TOP départ. Je ne vais pas dire que je nage sans réfléchir, mais j’ai tellement répété tout ce jeu cette saison que tout se fait un peu tout seul. Les sensations sont attendues, les choses sont prévues. Les rendez-vous sont les bons, je nage à bon rythme, 3 ciseaux de jambes pour 1 mouvement de bras. Je crois même en avoir fait 4 au départ tellement je laissais faire. Je laisse faire, mais j’ai bien en tête mes 2 erreurs de Mars et Mai (voir articles précédents). Hors de question que je sorte en vrac ici à Belgrade avec le drapeau sur l’épaule. Je tourne au 50m, envie de respirer en place, je la laisse s’installer sur le chemin du retour et je tourne. Poussée des 100m, je suis concentré sur mes sensations et je garde mon rythme. J’arrive à maintenir mon rythme de nage avec les ciseaux de brasse et je passe la barre des 125m, une brasse, deux brasses et les sensations deviennent moins nettes, plus floues, comme si la précision passée venait de disparaître. On ne m’y reprendra pas de suite, je sors. Je valide ma sortie sur une ligne bien molle. Je me suis écouté et c’est la victoire du jour. Le point gris est que encore une fois je n’ai pas appliqué les respirations bloquées à ma sortie. C’est l’élément principal travaillé tout le mois passé et je me rate encore.

Savourer

En tout cas, c’est fait, c’est validé, je viens de parcourir 131m en brasse aux championnats du monde d’apnée et ça c’est beau ! Je suis super content, fier, et ravi de ce que j’ai accompli après mes 2 syncopes coup sur coup. Je partage cela avec mes proches et c’est au restaurant au bord du Danube que le repas du midi se déroule.

Je sors du mode avion (nouveau test d’ailleurs, j’ai coupé mon téléphone la veille au soir et je suis resté focal sur l’événement sans perturbation), les messages affluent et les sourires qui vont avec. Le restaurant se passera tellement bien que j’arriverais presque en retard pour poser mon annonce du dynamique avec palmes le lendemain. Pour le fun et parque cela correspond à un potentiel horaire de passage correct pour moi, j’annonce ma performance du matin : 131m. L’entièreté des athlètes de la Team France ont validé leurs performances ce matin, et c’est une joie et une fierté que de faire partie de ces cartons blancs ! De bon augure pour la suite !

Mardi 26 Juin : 2ème performance en monopalme aux mondiaux

Un réveil sous le signe de la détermination

Je vais beaucoup mieux, je suis beaucoup plus relâché depuis que j’ai réalisé cette première performance. J’ai très bien dormi, sans interruption. Ce matin le petit déjeuner passe très bien. Je vais continuer à être honnête puisque c’est ce qui m’anime dans la rédaction de ces textes. Ce matin un peu avant mon réveil, dans cette phase de semi-conscience, je savais que je ferais 200m en monopalme. J’ai même imaginé et vu ce que je ferais par la suite pour le célébrer. Facile d’écrire cela une fois que c’est fait n’est-ce pas ? Ceux qui me lisent régulièrement savent à quel point je suis honnête avec moi même et comprendrons. Bien souvent l’objectif à atteindre nous détruit, il nous rend anxieux, nous faire réfléchir à notre comportement face à l’échec et aux conséquences de celui-ci. Plus nous le mentalisons plus il s’éloigne. Ce matin, j’ai éprouvé une sensation nouvelle, jamais perçue. Mon corps savait, mon esprit savait. J’ai été animé par une vague de détermination que je n’ai jamais senti auparavant. Aujourd’hui je vais faire 200m en monopalme pour la première fois et cela va très bien se passer. Pointe d’orgueil ? Thierry Henri parlant de Kilian Mbappé : « Il n’est pas arrogant, il est sûr de lui, sur de son travail ». Voilà, j’ai travaillé, dur, longtemps, avec assiduité et je sens que maintenant parcourir 200m sera « juste » vis à vis de l’implication que j’ai eu dans mon sport cette saison.

4 breaths

Nous partons une nouvelle fois en voiture en direction de la piscine. Arrivé sur place, j’applique une de mes décisions de la veille face à mon raté concernant ma sortie en brasse. Je demande au staff à l’accueil qui écrit mon numéro d’athlète sur la main gauche de m’écrire « 4 breaths » sur la main droite.

Je pose à ce moment un ancrage sur ma main droite pour me rappeler pendant toute la phase précédent la performance qu’il me faudra prendre 4 respirations avant d’exécuter mon protocole de sortie. Je salue les autres membres de la Team France, un passage aux toilettes, un dernier bisous aux supporters et il est tend de construire cette bulle finale de 2018 pour une dernière performance cette saison. Une performance à mon meilleur niveau dont je me suis privé déjà à deux reprises à cause de mes 2 syncopes. Aujourd’hui c’est mon jour, mon frère me rappelle que je ne dois rien à personne, que ce sont mes championnats, et que je suis là pour moi, qu’il me reste à toucher mon drapeau et mon cœur et à onduler comme j’aime le faire. Pas compliqué quand même ? J’aurais vraiment aimé qu’il soit là auprès de moi, mais je sais que son énergie m’accompagne.

La construction de la bulle se passe sans encombre. J’expérimente un nouveau casque audio prêté par mon père, système anti-bruit, une vraie merveille.

J’ai oublié mon Ipod à l’appartement, la bulle se fera sur une autre playlist, ce n’est pas grave. Tient, tient je n’ai pas mon savon pour enfiler ma monopalme, il est sûrement en train de jouer avec l’Ipod, la Team France est là et tout rentre dans l’ordre.

Il est temps de se rendre à mon plot de départ. Je garde la musique jusqu’au dernier moment. La dernière chanson écoutée et qui m’a animée ces dernières semaines, issue du générique de « Very Bad Trip » que je n’avais pas vu, Right Round Feat Kesha me motive au plus haut point.

Derniers mots de mon coach, il a senti depuis ce matin que j’allais partir pour 200m. Pendant ma préparation, l’idée de tourner à 200m a émergé, tourner juste pour faire 1 ou 2 mètres. Puis, je me suis interrogé sur la raison de cette idée. Romain, tu es en train de jouer le classement, joue pour toi ! Ok, j’oublie cette idée, 200 sera parfait !

Dernier regard sur ma main droite, dernière inspiration, Official Top ! Je prends mes quelques carpes et je m’immerge. Mon premier 50m est déterminant dans la suite de la performance. Avec le travail effectué en nage avec palmes cette saison, je nage beaucoup plus vite, un peu trop d’ailleurs. Je dois absolument trouver mon allure de croisière le plus vite possible au risque de surconsommer mon oxygène sur le premier 50m, ça m’est déjà arriver et à 160m je n’ai plus d’essence. Le tips ? Compter ses ondulations, se connaître en fréquence et en amplitude et savoir ajuster sa vitesse par tranche de 25m. 10 ondulations sur le 1er 25m, c’est trop rapide, je vais donc chercher un peu plus en amplitude et ralenti un peu. 19 ondulations à 50m, la vitesse est calée, c’est reparti. De 75m à 100m j’accélère de nouveau, correction dès le virage. Les sensations sont bonnes, le lactique arrive tranquillement vers 110m, tous les voyants sont au vert. La vitesse reste bonne et j’atteins les 150m, je tourne. 19 ondulations Romain, il t’en reste 19 et tu y es. Je me force à ralentir au maximum pour être à l’écoute mais surtout pour éco-consommer au max. Je sais qu’en fin de perf. On a souvent tendance à accélérer un peu, en mentalisant le fait de ralentir je retrouve ma vitesse habituelle. Je suis conscient de ce que je fais, l’autosuggestion se passe bien, malgré une forte envie de respirer je ne vous le cache pas. 18ème ondulation, le T, dernière ondule, je touche, je sors. J’attrape la ligne fermement, Marc me crie les instructions, je respire, je bloque, je respire, je bloque, je respire, je bloque, ça tremblote un chouillat, mais ça va. J’effectue mon protocole en entier, dans les 15 secondes imparties. C’est un carton blanc ! 200m ! Énorme, trop heureux, certains nagent encore, d’autres se préparent, alors je laisse exploser une joie gestuelle mais non vocale.

La suite était déjà écrite, Zoée m’écrit un énorme 200 sur le drapeau français amené par mes parents et je fais quelques photos pour célébrer l’événement.

Le travail de toute une saison a payé pendant ces 2min40 de nage. J’ai vécu pleinement chaque ondulation, j’ai vécu pleinement toute ma performance. Suite à cela je tourne quelques vidéos qui font parti des contributions de mon crowdfunding et en route pour le restaurant avec la famille.

Mode supporter et retour en France

Cette fois, je peux basculer réellement en mode supporter, il y a toute la Team France qui est là, avec plusieurs qualifications en finale A et B.

Tout le monde donnera tout ce qu’il avait pour aller au bout de cet événement et c’est un plaisir que d’avoir partagé cette semaine avec le très haut niveau français et international. Je me sens grandis pour la suite et j’ai hâte de reprendre l’entraînement.

J’en profite pour remercier tous ceux qui m’ont aidé ces derniers mois à rendre ce rêve une réalité !

Maintenant c’est relâche jusqu’en septembre 😉 Je vous donne rendez vous la saison prochaine, tchao !

16 Replies to “Championnat du monde d’apnée piscine AIDA 2018 Belgrade – 2ème partie”

  1. Super Romain. ..1ère lecture de blog Apnéiste pour moi …ravi – belle histoire No comment et à nouveau bravo. M’en vais enfiler les palmes à Calvi Bises Gilles

  2. Enorme ! Franchement bravo, sacré boulot derrière ces perfs mais ça paye!
    Quels objectifs maintenant ?
    Si tu remontes en Normandie un de ces 4 et que tu as 5min, faut que tu passes !

    1. Hello mec ! Merci beaucoup pour tes félicitations ! La suite ? Et bien ce mur des 200m ouvre d’énormes possibilités. Aussi le fait d’avoir vu le très haut niveau mondial boost à fond pour la suite !
      Helas, je ne rentre plus vraiment en Normandie, genre 2 fois par an, si tu passes par Aix en Provence ou Marseille, fait moi signe 😉
      La bise à toi et ta famille !
      Romain

  3. Félicitations !!! Tu nous as emmené avec toi sur ces mondiaux et franchement, bravo!!! Cette réussite tu la mérites et ce n’est que le début. Bonne continuation à toi et j’espère pouvoir lire encore de nombreux récits de tes exploits.
    Encore félicitations !

    1. Merci pour ton message Laureline et tes encouragements. Yes, j’essaye de continuer à écrire sur mes sensations, je vois que cela passionne de plus en plus de pratiquants et même des nons pratiquants 🙂
      A bientôt,
      Romain

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