Championnat du monde d’apnée piscine AIDA 2018 Belgrade – 1ère partie

Malgré un parcours en compétition un peu chaotique cette saison, j’ai réussi à intégrer la Team France AIDA espoir. Je m’offre donc la possibilité de découvrir la compétition internationale en cette fin de saison 2018.

Récit de cette expérience hors du commun.

Se reconstruire

Fin Mai je suis dans une position délicate, j’ai enchaîné 2 syncopes en 2 compétitions. C’est une situation à laquelle je n’ai jamais fait face. Je vais parler clairement, je suis au fond du trou. Le corps est prêt à continuer l’entraînement, le mental ne sait pas trop où il en est. L’analyse de mon échec aux Frances fait, il faut se remettre au travail et travailler les points faibles. J’ai commencé par une pause, j’ai été faire autre chose. Avant de retourner travailler avec l’élément EAU, j’ai pensé bon renforcer mon lien primaire avec la TERRE. Mes amis maraîchers bio des Fontaines en Mayenne m’ont donc accueilli une fois de plus pour quelques jours. Cette vie déconnectée de ma réalité chloré me fait le plus grand bien. Je nourris les agneaux, discute philosophie, assemble des serres de culture, je remplie mes mains de terre et cela apaise mon mental perturbé. La simplicité de vie des animaux me rassure quand à la simplicité de la VIE au sens large, manger, dormir, aimer.

Retourner dans le grand bain

Ce sevrage de quelques jours a eu l’effet escompté, j’ai hâte de me remettre à l’eau en rentrant. L’objectif de ce mois d’entraînement avant les mondiaux de Belgrade est de travailler mon GROS point faible du moment : je ne maîtrise pas correctement mes sorties. Pour travailler ce point précis, il faut donc aller assez loin en hypoxie à l’entraînement et filmer pour analyser mon comportement. La réponse vient dès le 2ème 100m de brasse réalisé. Je réitère une petite PCM en sortant de l’eau, cette fois-ci filmée en gros plan. Cette vidéo sera l’élément déclencheur de toute la suite. J’ai modifié mon protocole de sortie pour profiter pleinement des 15 secondes qui me sont allouées et désormais je prends 4 respirations bloquées avant de démarrer mon protocole. Toute la phase hypoxique d’entraînement qui suivra sera impeccable. La confiance revient peu à peu que des distances importantes sont réalisées sans faute à l’entraînement. Un matin, je sors 140m en brasse puis 40min après 150m en monopalme. Ce sont des signaux très positifs qui me remettent en selle. Également, je me suis remis aux « perfs » de début d’entraînement sans préparation particulière et surtout sans jugement. Je réalise un new PB (personnal best) en monopalme lors d’un entraînement de nage avec palmes, je dépasse enfin les 175m avec une sortie plus que fraîche. Les deux dernières semaines avant Belgrade je bascule sur un travail de stop and go (apnée statique enchaînée d’une apnée dynamique). Je prends clairement mon pied dans ce type d’exercices ou je suis monté tranquillement à 2min + 100m en monopalme.

Préparer Belgrade : Le crowdfunding

AIDA France ne dépêchant personne pour encadrer la Team France sur place, je décide de monter un financement participatif afin d’y emmener mon propre coach Marc Vieugué. L’idée d’aller demander de l’argent à mon entourage pour réaliser un rêve ne m’enthousiasme pas plus que cela au début, c’est ma compagne Zoée qui tranchera. Emmener Marc à Belgrade, est pour moi une manière de finaliser pleinement ma saison d’entraînement. Comme j’aime faire les choses bien, j’ai tourné un clip de présentation avec Thierry Petillot un ami et apnéiste Aixois avec qui je m’entraîne. L’effet de cette vidéo est immédiat et ma cagnotte est remplie en 3 jours, ensuite c’est du bonus qui m’est offert par mes amis, famille, apnéistes de tous horizons et mêmes quelques inconnus que je remercie au passage.

Le seul stress que m’a amené cette campagne est le fait de vouloir tenir mes engagements de contres-parties. L’une d’entre elles est de peindre le nom du sponsor sur ma combinaison. Cette tâche m’a consommé beaucoup d’énergie avec le recul. J’ai du testé 4 ou 5 méthodes de flocage de combinaison lisse sans succès. Cela se terminera par l’usage d’un simple feutre blanc waterproof et des compétences de dessin de Zoée avec un résultat à la hauteur de mes attentes.

Samedi 23 Juin : 1er entraînement à Belgrade et cérémonie

Après quelques heures de vol nous voilà à Belgrade, Zoée m’accompagne et Marc nous a rejoins hier. Ce matin c’est le premier entraînement officiel avant le début des épreuves Lundi. Je suis là pour prendre mes marques et garder mon niveau de confiance. Je nage 1h30 dans une eau à 25°C avec une partie monopalme et une partie brasse. Je termine sur un peu de statique + dynamique, les repères sont là, les chronos aussi. Tout va bien. J’établis le contact avec les premiers athlètes de la Team France, c’est Pierre Crubillé qui sera le second français à se mettre à l’eau. Pierre est un athlète qui a beaucoup d’expérience, ce sont ces 4èmes mondiaux, un puits de science pour moi.

A 18h, c’est la cérémonie d’ouverture de la compétition avec juste avant pour moi la validation de mon inscription auprès de l’équipe d’organisation.

Les délégations s’installent dans la salle, pays par pays. C’est rassurant d’y être avec la tenue officielle et avec les copains. Je découvre de nouvelles têtes apnéiques françaises et retrouve des têtes connues.

Séquence émotion lorsque les organisateurs diffusent un film présentant les noms de chaque athlète avec en fond l’hymne national du pays en question. Je note, mon nom + marseillaise = émotions ++.

Dimanche 24 Juin : 2ème entraînement et arrivée des supporters

Aujourd’hui je partage la ligne d’eau avec des japonais, des croates, des ukrainiens, des français. C’est excellent d’observer de nouvelles approches d’un sport que l’on pense connaître et tout à coup on redécouvre tout. Certains athlètes nagent sans pince-nez ni lunettes, aucun problème. Les japonais portent leur ceinture de plomb sous la combinaison et s’échauffent en statique la face dans une bassine d’eau et le corps sur un tapis de yoga. Les ukrainiens ont un ordinateur qui leur parle à l’intérieur du bonnet et leur donne des instructions sous l’eau. Les polonaises scratchent du plomb sur le bas de leur dos, sur la combinaison. Les plombs de cou ont des formes diverses et variées et certains athlètes ont des combinaisons avec des haut type tee-shirt. Bref mes conventions de petit Frenchi sont bousculées. Cela tombe bien, je suis venu pour ça. Coté stress, je vais bien, c’est la deuxième fois que je viens dans la piscine et comme toute chose répétée au moins une fois dans sa vie, on réussi mieux du deuxième coup.

Coté entraînement, on a fait plus court avec le coach pour être moins sujet au froid, je termine sur un statique + dynamique à la sensation : 1min20 de statique et 125m de monopalme. C’est beau, c’est propre, je me sens bien, c’est top ! Crystal clear comme ils disent ici.

20h, c’est le premier briefing officiel des compétiteurs. Comme hier l’ensemble des coachs et athlètes sont présents. Demain est la première épreuve et bon nombre d’athlètes et entraîneurs ont des questions. Le point majeur est l’annonce qu’il n’y y aura que 6 athlètes sélectionnés en finale après les séries de chaque épreuve. Les années précédentes 8 places étaient ouvertes en finale, pas cette année. Demain c’est la brasse, première épreuve pour moi. Fin du briefing et direction l’aéroport pour aller chercher mes parents qui vont m’accompagner ces 4 prochains jours sur la compétition. L’équipe est au complet et demain mes parents, Zoée et mon coach seront au bord du bassin pour m’encourager. C’est génial de pouvoir avoir son entourage proche qui vous soutient dans ce genre de défi.

On me demande souvent si cela créé un stress chez moi le fait d’avoir mes parents et ma compagne au bord du bassin. Sachant qu’ils sont là depuis ma toute première compétition et que mes parents m’ont déjà assisté dans mes compétitions de judo et mes matches de foot, leur présence est très positive pour moi. Maintenant il faut dormir, se reposer et être en forme pour demain matin.

A suivre.

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