Compétition apnée piscine AIDA – Foix

24/25 Mars 2018 : Finale coupe de France AIDA à Foix

Aujourd’hui je ne vais pas tourner autour du pot. Le samedi après-midi lors de la première épreuve de la compétition (la brasse/DNF), j’ai fait une syncope.

Le but de cet article va être de vous décrire précisément ce qu’il s‘est passé sous l’eau lors de cette performance. Cela me permet d’écrire sur mes erreurs, de continuer à essayer de vous inspirer et peut-être qui sait, vous éviter les mêmes écueils que moi.

Il est facile d’écrire quand tout va bien, moins évident lorsque nous n’avons pas été à la hauteur de nos propres attentes. J’essaye quand même.

Introduction

Dans la vie, les défaites sont bien plus riches que les victoires. Elles font réfléchir, évaluer, alors que le bonheur est souvent un statu quo.

« Les trois quarts du temps » Benoîte Groult

Et voilà la dernière phrase de cette introduction aura été mon plus gros défaut de ses derniers mois : « être à la hauteur de ses attentes ». En fait, j’ai surtout voulu être à la hauteur d’attentes fixées par d’autres personnes et franchement cela ne m’a pas réussi.

1ère leçon : Faire les choses pour soi, pas pour les autres.

Récit

La 1ère poussée

Samedi 24 Mars 2018 19h00 : Je débute ma performance en brasse. Je suis dans ce bassin tout inox à Foix. Bassin de 25m, propice à cette discipline qu’est la brasse. En effet, chaque poussée au mur peut être un cadeau de 10m de gagné sur chaque longueur à parcourir. D’ailleurs cette première poussée me semble un peu molle. J’enchaine sur mes mouvements habituels et je termine cette première longueur hors de mon schéma de pratique habituel. Je dois faire 2 ciseaux de brasses de plus que d’habitude, étrange. Globalement je ne me sens pas super bien depuis que je suis dans l’eau. Toute la phase de préparation à sec s’est déroulée sans encombre, ce sentiment de mal être est présent uniquement depuis que je suis dans l’eau. Je tourne donc au 25m et pousse à nouveau sur le mur. L’envie de respirer est déjà là, nouveau signal qui ne me rassure pas. Je sais jouer avec cette envie de respirer et j’avance sans y penser. Je tourne à 50m, puis vers 60/65m, je sens que mes pieds sont trop haut, genre à quelques centimètres de la surface.

Rien à faire en surface

Ressenti confirmé au virage des 75m, je suis complètement en surface. Je tourne, je m’énerve un peu de cet enchaînement d’éléments perturbateurs. Je pousse au 75m vers le fond pour ne plus être embêté par la flottaison. Je suis assez perfectionniste et notamment sur la brasse en bassin de 25m. J’aime le coté métronome de cette épreuve en petit bassin, le fait de répéter 5/6 fois la même séquence de mouvements. J’aime aussi être lesté au gramme près pour glisser le mieux possible dans l’eau. En brasse un mauvais lestage est catastrophique. Vu que l’on laisse glisser son corps jusqu’à avoir une vitesse proche de 0, si l’on est sous lesté on flotte, inversement on a les dents qui raclent le fond…

Prise de décision

Je pousse aux 75m, et l’envie de respirer me rattrape, un peu trop. Il y a trop de voyants qui ne sont pas verts. Il est temps de faire le point. Ok, soit je sors maintenant et je valide une performance inférieur à 135m. Oui, 135m est le minima demandé par AIDA France pour entrer en équipe espoir et espérer aller aux championnats du monde. Ce minima doit être répété 2 fois au cours de la saison, je l’ai fais une fois, il « suffit » de répéter. Valider une performance sous ce minima m’éloigne de ces championnats. Soit je continue et dans ce cas je vais à 135m et advienne que pourra. Je prends la seconde décision…

2ème leçon : Faire les choses pour soi, pas pour les autres.

Trop vite…

C’est décidé, je vais au bout, je veux cette qualification. A partir de ce moment, je multiplie les erreurs. Je coupe mon ressenti, j’accélère, je brise l’enchaînement de mes mouvements (2 à 3 mouvements de jambes pour 1 seul mouvement de bras). J’avance, et dans ma tête il n’y a que cela qui compte. Je tourne aux 100m et repars. 125m, je tourne et me rend compte que j’ai cramé l’intégralité de mon stock d’oxygène. Je me sens très très hypoxique (en dette d’oxygène). Je suis dans le coton. Je sais que je n’irais pas à 135m. Je pousse, fais une brasse, une deuxième et décide de sortir. Je sors la tête de l’eau, met un bras au bord du bassin et les apnéistes de sécurité finissent le travail. Je reviens à moi rapidement (quelques secondes). Je n’ai pas bougé, les apnéistes de sécurité ont été très doux et m’ont juste maintenu à ma place. Je prend conscience de ce qu’il vient de se passer et sort de l’eau.

3ème leçon : Mon ressenti ne me trahi jamais, je dois lui faire confiance.

4ème leçon : S’autoriser à ne pas être dans un jour de forme et sortir de sa performance plus tôt.

5ème leçon : Détruire le mot « contre-performance » pour le remplacer par « non alignement des paramètres » et ainsi pouvoir respecter la 4ème leçon.

Je ne vais pas m’étaler sur la suite, si ce n’est que les juges m’ont autorisé à remonter à cheval dès le lendemain. Je me suis donc présenté pour l’épreuve de monopalme, sans objectif cette fois-ci. Enfin si, l’objectif était de faire le plus beau protocole du monde et il est atteint.

Conclusion

Ce type d’épreuve est là pour me tester, pour tester ma motivation. Le fait d’avoir trébuché m’a permis de prendre de la hauteur sur la saison en cours, de clarifier et de faire évoluer certaines choses auprès de ceux qui m’entourent. Je remercie d’ailleurs ma dream team qui me soutient et m’aide à grandir dans les victoires comme dans les épreuves. Merci pour votre soutient et votre confiance, Zoée, Marc, Marion, Florian 😉

Rendez-vous à Montluçon les amis !

6 réponses sur “Compétition apnée piscine AIDA – Foix”

  1. Merci Romain pour ce partage plein de sagesse.
    Merci pour ton humilité et de nous offrir ce retour, en temps réel, sur les signaux du corps et l’analyse du mental: très instructif.
    Mes plus chaleureux encouragements t’accompagnent pour la suite.
    Elle sera des plus belle, j’en suis certaine!

    Nadia

  2. Merci Romain d’oser communiquer sur ce sujet. Admettre publiquement ses erreurs est preuve de courage et lucidité. Ce n’est effectivement pas un échec mais une expérience.

    Bonne chance pour la prochaine fois!

    1. Merci Pierre,
      Je veux rester en accord avec mes convictions et notamment le partage. Le partage signifie partager l’entièreté de la chose, pas uniquement les choses faciles à raconter.
      Merci pour ton commentaire !
      Amicalement,
      Romain

  3. Salut Romain
    Je découvre ton blog j’adore !
    Sincère, généreux, bien réalisé roooh c’est top
    Merci de partager cela avec les autres passionnés de ce sport magnifique : carnet d’entrainement (je m’y mets), techniques diverses ..
    Bonne continuation !
    Gilles

    1. Retour de l’entraînement et je vois ton commentaire, ça fait super plaisir ! En effet je mets un point d’honneur à être le plus honète possible dans mes retours, qu’ils soient des réussites ou des embûches. L’idée est que les apnéistes ne se sentent pas seuls dans leurs sensations. Les partager nous rapproche je pense et nous stimule ! N’hésite pas à faire connaitre ce blog autour de toi si tu le trouves chouette !
      Bien à toi,
      Romain,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *